Nous voilà ce matin au pied du mur : 800 m de dénivelé, 37 km de montée afin de
franchir le Brenner et entrer en Italie. Sans aucun doute la plus difficile étape de tout le parcours entre Lille et Olympie et par là-même tout un symbole de notre détermination dans le projet
« Un arbre pour la Grèce ».
Cependant il pleut de nouveau sur Innsbruck et nous nous voyons déjà devoir affronter à la fois l’averse et la montagne. Nous ne nous résignons
pas et, miracle, à peine sortons-nous les vélos de la camionnette que de belles éclaircies viennent échancrer de bleu le blanc des nuages. Nous partons à 10h. La grimpée peut commencer.
Les premiers virages, très raides, offrent en compensation une belle perspective sur la ville et les sommets enneigés derrière. Le plaisir des
yeux mais que c’est dur pour les jambes ! Aussi décidons-nous de nous arrêter régulièrement tout au long de ces 37 km
afin de nous détendre les mollets, apprécier le trajet parcouru et prendre un en-cas. De cette manière, en gardant la cohésion du groupe, nous
nous soutenons les uns les autres dans l’effort et l’endurance.
La pente n’est pas régulière de bout en bout. Les passages ardus en épingles à cheveux alternent avec des faux plats, voire de courtes
descentes. Mais ne vous y méprenez pas, la route monte et même rudement. Et dire que le Brenner est l’un des cols les plus bas des Alpes !
C’est là un axe de communication de première importance entre l’Italie et le reste de l’Europe. S’y succèdent sans cesse camions et longs
convois de marchandises. De la nationale que nous empruntons, nous découvrons ainsi les nombreux ouvrages d’art réalisés pour le passage de l’autoroute et celui de la voie ferrée : ponts
viaducs, tunnels…
Nous mettons près de 4 heures pour parvenir exténués au col proprement dit à 1375
m d’altitude. Nous sommes là au cœur de l’Europe, à 2000 km de Moscou et de Lisbonne, à 1200 km de Malte et de la pointe sud de la
Norvège, à 1400 km de Dublin et d’Athènes ! Là-haut pourtant le site paraît bien décevant : de simples parkings et un grand centre commercial.

Nous mangeons devant la borne-frontière, passant allégrement au hasard des plats de l’Autriche à l’Italie et de l’Italie à l’Autriche. Nous
repartons à 15h pour les 45 derniers kilomètres, tout en descente, sans forcer, alourdis de la fatigue de ce matin.

Devant nous, le paysage immense se met à vibrer de lumière, la route enserrée en bord de torrent entre pâtures et prairies de fleurs, et
partout ce vert d’herbes et de sapins, qu’en roulant, nous avons l’impression de pénétrer comme dans un rêve.
Après Vipiteno, la vallée peu à peu s’évase. Nous retrouvons les arbres fruitiers et les vignobles que nous avions laissés après Stuttgart. Il
fait très chaud, environ 30° et le pneu arrière de Romain crève. Sans doute un gravier.
Plusieurs châteaux scandent les hauteurs. Nous passons même sous les portes d’une ancienne
forteresse qui contrôlait l’accès du Brenner. A 16h30, nous arrivons à Bressanone (Brixen en allemand car on y parle autant cette langue que l’italien), petite ville groupée autour de sa
cathédrale baroque et sertie
dans son écrin de montagnes. Etape accomplie. Nous avons franchi les
Alpes !

Demain, étape 12 : Bressanone – Trente